Visite de l’intérieur

2ème étape

Si les deux premières verrières ornant les ouvertures au Sud de la nef évoquent classiquement des passages de la vie du Christ (Sainte Famille et mort de Joseph), le troisième vitrail est de facture résolument moderne et tourné vers l’histoire locale.

Il perpétue la mémoire d’un membre d’une famille noble de Savigny, la famille MICHEL dont l’écu a été reproduit sur une pierre de la façade Nord et sur l’un des vitraux de la chapelle Sud.

Savigny - détail de vitrail Blason de la familleMichel

Jean MICHEL, fils de Pierre MICHEL  sieur de la Michelière en Savigny, est né en 1535 et entra chez les Chartreux à l’âge de 20 ans.

Rappelons ici que les Chartreux sont un ordre religieux contemplatif, créé par Saint Bruno. Il tient son nom du monastère de la «Grande Chartreuse» en Isère et est organisé pour une vie spirituelle faite de solitude et de silence.

 

Pour Jean MICHEL, qu’en dit Wikipédia  ?

Moine chartreux, traducteur et auteur mystique.

Il fait profession à la chartreuse de Paris, le 17 avril 1571. Il devient prieur de la chartreuse du Liget (Indre et Loir) où il est chargé de rédiger l’Ordinaire des Chartreux c’est à dire le document qui décrit tous les rites et la liturgie de l’ordre.

Il est prieur de Paris, en 1576 puis visiteur de la province de France-sur-Loire qui regroupait neuf monastères.

Il est élu prieur de la Grande Chartreuse et général de l’Ordre en 1594 sous le nom de Dom Jean VII. Il se distingue par sa dévotion au Sacré Cœur. Il poursuit les travaux de reconstruction du monastère de la Grande Chartreuse et ajoute la dernière partie du grand cloître en 1595 afin de recevoir plus de novices.

Il publie plusieurs ouvrages qui eurent un grand succès et meurt en charge le 29 janvier 1600.

Les vers latins figurant à la base du vitrail sont ceux  employés par les Chartreux dans la nécrologie de leur ancien dirigeant, pour souligner que « ce père vénéré joignait à une bonté incomparable un grand talent et une sagesse consommée ».

 

Avant d’avancer encore, découvrons au dessus de la petite porte au Nord les traces de peinture représentant un appareillage de moellons.  

Savigny - trace peinture appareillage

Il est possible, en cherchant un peu, d’en trouver d’autres traces. Il est vraisemblable qu’une grande partie de l’église en était décorée.

 

Sans plus attendre quittons la nef  et passons sous l’arc ogival pour entrer dans la croisée des transepts.

Notre œil est immédiatement attiré par l’aigle doré posé sur son support de fer forgé. On peut reconnaître l’aigle-lutrin figurant sur la carte postale reproduite à la première étape de la visite de l’intérieur. Cette sculpture du 18ème siècle a, après restauration, regagné en mars 2018 l’église dont elle a été absente pendant une quarantaine d’année.

 

À notre gauche, à l’entrée de la chapelle Sainte Barbe deux piliers intègrent un écu en bas-relief.

Celui de droite, tenu par un ange est le blason de la famille GAMBIER. C’est celui adopté par la commune de Savigny.

Blason de Savigny

L’écu de gauche, porté par ce qui semble être un enfant, est composé.

  • En haut à gauche, on reconnaît le blason GAMBIER
  • À sa droite sont les trois marteaux de la famille MARTEL de BACQUEVILLE. C’est la famille de l’arrière-grand mère d’Henri GAMBIER.
  • En bas à gauche le quintefeuille des armes de la famille de Guillemette de SAINT-DENIS, femme d’Henri GAMBIER,
  • En bas à droite, les trois besants avec moucheture d’hermines de la famille de Marguerite de VANSSAY, mère d’Henri GAMBIER.

 

Cette présentation des quartiers de famille est inhabituelle. On peut le voir comme un hommage d’Henri GAMBIER ( seigneur de Savigny de 1585 à 1617) aux femmes de sa famille liées à Savigny. Hommage incomplet car il y manque un maillon, l’écu de la famille de sa grand-mère, Catherine LEMAÎTRE. Cette famille était la famille seigneuriale de Savigny avant les GAMBIER.

 

Derrière ces piliers s’ouvre la chapelle Sainte Barbe construite en 1515 aux frais des paroissiens et plus particulièrement de la famille MICHEL qui la dota de la statue de Sainte Barbe posée sur l’autel et d’un vitrail à l’Est.

Les vitraux actuels de la chapelle sont, comme presque tous ceux de l’église, de la seconde moitié du 20ème siècle et émanent de l’atelier Mauméjean.

 

Celui exposé au Nord porte le blason de l’abbaye de Sainte-Barbe-en-Auge auquel Geoffroy de Brucourt, seigneur de Savigny, avait donné son église à la condition que l’un des religieux du prieuré de Savigny, le « prieur », en remplisse les fonctions curiales. Par la suite la nomination du curé appartiendra au prieur de cette abbaye.

Savigny - Abbaye de Sainte Barbe en Auge

 

La statue de Sainte Barbe en pierre polychrome donnée par Pierre MICHEL est donc du 16ème siècle et nous est parvenue très bien conservée.

Selon la légende, Barbe vivait au milieu du 3ème siècle à Nicomédie en Asie Mineure. Enfermée dans une tour par son père pour la protéger d’éventuels prétendants, elle se convertit au christianisme. Furieux, son père la mena au gouverneur romain qui la fit torturer. Devant la résistance de Barbe à tous les supplices, il la condamna à être  décapitée. Le père de Barbe décida d’être lui-même le bourreau et de lui trancher la tête. À ce moment, il fut frappé par la foudre qui le tua sur place.

La statue comporte trois attributs traditionnels de Sainte Barbe : la tour où elle fut enfermée, la palme du martyre, le livre dans lequel elle étudia les textes saints.

 

En raison de l’intervention divine contre son père, Sainte Barbe a été considérée comme puissante contre le feu. Elle est la patronne de toutes les professions y ayant affaire : pompiers, artilleurs, mineurs, carriers, démineurs. Elle est aussi patronne de tous les métiers touchant à la métallurgie et est invoquée contre la foudre.

Sainte Barbe protégerait également de la mort subite. La bannière rouge à l’entrée de la chapelle est celle de la « Confrérie de la Bonne Mort » encore vivace à Savigny au début du 20ème siècle. On retrouve la tour et la palme de la Sainte. Le livre est remplacé par une épée et rappelle sa décapitation.

 

La porte située sur le mur gauche de la chapelle s’ouvre sur la tourelle de l’escalier menant au clocher. Son accès n’est pas autorisé car dangereux.

À noter que les murs de la chapelle sont en pierres apparentes. L’enduit de plâtre a été ôté car détruit par l’humidité qui menace une partie de l’église.

 

En face la chapelle Sainte-Barbe a été ouverte en 1826, dans le mur Sud, une chapelle  dite « chapelle aux hommes » où l’on peut s’attarder sur le vitrail dédié aux « enfants de Savigny morts pour la France ».

De facture moderne, il comporte deux blasons : à gauche, celui de la famille MICHEL reproduit aussi en façade de l’église, à droite celui de la famille de MONS qui s’est installée au château de Savigny en 1825.

 

Nous pouvons maintenant nous tourner vers le maître-autel de l’église.

Avant de passer le premier arc surbaissé orné de bâtons rompus, faites appel au support qui va accompagner la 3ème étape de cette visite