Visite de l’intérieur

3ème étape :

« Aucune église du diocèse n’est plus ancienne que celle-ci », c’est ce qu’écrit Charles de Gerville, par ailleurs inventeur du terme « roman » pour désigner ce qu’on appelait auparavant le style carolingien ou saxon.

C’était en 1818. Gerville ne voyait ici que les deux arches à triple rang de zig-zag, les chapiteaux sculptés soutenant la seconde arche et derrière l’autel la fenêtre « semi-circulaire à zig-zag simple …. bouchée ». Ce n‘est que 70 ans plus tard que l’abbé Joubin a mis à jour ce qui était auparavant caché par le retable de l’autel.

 

L’architecture que nous avons devant nous est une belle illustration de l’art roman :

  • L’arche d’entrée surbaissée à lignes brisées,
  • La voûte d’arêtes,
  • La deuxième arche,
  • L’arcature qui ceinture l’abside,
  • Les colonnes et les chapiteaux sculptés.

 

Comme il est expliqué lors de la visite de l’extérieur de l’église, le maître d’œuvre des décors extérieur et intérieur est le même que celui qui a travaillé dans une région du nord du département, le Plain. Ici nous allons apprendre son nom. Mais auparavant détaillons son œuvre.

 

Le pourtour de l’abside est scandé de six ensembles de colonnes doubles supportant cinq arcs en plein cintre. L’arcade centrale, dans laquelle s’inscrit une fenêtre, a reçu un traitement en bâtons brisés.

Les chapiteaux des colonnes doubles qui soutiennent les arcs en plein cintre sont sculptés. On distingue : cheval, oiseaux, serpents, lions, entrelacs, résilles.

Attardons-nous sur les premiers chapiteaux sur lesquels reposent l’arche d’entrée de l’abside. Face à la nef, sont sculptées  des chimères, animal fabuleux, coiffées de bonnets phrygiens.

Savigny chapiteau roman Savigny - chapiteau roman

À gauche les chimères ont un corps d’oiseau à queue de serpent, à droite un corps ailé hybride de lion et de cheval.  

Ces mêmes chapiteaux donnent deux informations importantes. Sur celui de gauche est gravé MCXXVIII c’est à dire 1128, la date à laquelle a été terminé le décor de l’église. Sur celui de droite est gravé TURCh/OPAS. Faisons confiance au spécialiste Julien Deshayes qui y voit la référence à un certain TURCHETIL et la mention de sa qualité d’operarius, c’est à dire de chef de chantier, de maître d’œuvre.

Comme il a été dit, la décoration romane de certaines églises du Plain est identifiée pour être due au même maître-maçon que celle de Savigny. Ici, cet artiste du début du 12ème siècle, ce dénommé TURCHETIL, a donc souhaité signer son œuvre.

 

À l’intérieur des arcades est représenté « le cycle de Sainte Barbe » qui se lit de droite à gauche. Dans la 1ère arcade, Barbe convertie au christianisme prie agenouillée dans son jardin, symbolisé par un arbre stylisé.

La deuxième scène représente trois hommes dévêtissant Barbe pour la supplicier. Leur aspect caricatural n’est pas sans rappeler le physique du Judas de la Cène.

Dans la troisième arcade, Barbe est agenouillée. Son père s’apprête à lui trancher la tête quand la foudre s’abat sur lui.

Si les trois premières arcades ont été découvertes peintes, la quatrième était vide ainsi qu’on peut le constater sur une photo ancienne.

Savigny Abside

La quatrième arcade présente aujourd’hui une illustration de Barbe, désormais sainte puisqu’elle porte le nimbe autour de la tête. Elle a été réalisée par un dénommé Jacquier, chargé de la restauration des peintures murales après leur redécouverte.

 

La statue présente sur le maître-autel est une vierge à l’enfant datée du 15ème siècle. En pierre calcaire polychromée, elle a été découverte  en 1897 lorsque il a été entrepris de débarrasser l’autel de Saint Sébastien de son entourage de bois. Mutilée, elle a été restaurée et placée le jour de Noël 1898 devant la fenêtre inscrite au centre de l’arcature romane.

C’est à la suite d’une restauration en 2018 qu’elle a trouvé sa nouvelle place.

 

Après avoir apprécié le décor de l’abside, il est intéressant d’en voir l’envers. Ce n’est pas une chose courante mais il va vous être demandé de passer maintenant derrière l’autel.

Passée la porte, vous rejoignez la sacristie, bâtie au 17ème siècle en appui contre la façade Est de l’église.

 

Il vous faut alors vous retourner car c’est sur ce même mur que se détachent des bas-reliefs autrefois dissimulés par le plafond de la sacristie.

Cet ensemble roman s’inscrit entre deux colonnes dont les chapiteaux sont ornés de motifs comparables à ceux des colonnettes de l’abside. Ils soutiennent un arc en plein cintre à triple rang de zig-zag semblable à ceux de l’arche d’entrée de l’abside.

Sous l’arc est placé un «Christ en majesté» taillé sur six pierres jointives. Appelé localement « le Beau-Dieu », il est figuré pieds nus, assis sur un trône et portant le costume épiscopal. Il bénit de sa main droite et tient de l’autre main une croix à longue hampe.

Il a été déplacé à une certaine époque à l’entrée de la chapelle nord. Une photo d’archive permet de mieux voir les détails du « Beau-Dieu ».

Savigny - Christ en majesté - Bas relief roman

 

Sous le Christ en majesté, on retrouve la verrière placée au centre de l’arcature de l’abside. Elle est, de ce côté, surmontée d’un linteau représentant un scène de chasse où un centaure armé d’un arc vise un cerf attaqué par un chien.

 

L’ensemble est daté du premier tiers du 12ème siècle, donc contemporain de la décoration romane de l’église.

On ignore si ces sculptures sont aujourd’hui à leur place originelle. Les bas-reliefs de Christ en majesté connus s’inscrivent en effet pour la plupart au dessus des porches d’entrée des édifices.

Vous pouvez maintenant regagner l’église par le chemin inverse.

La visite touche à sa fin. Nous vous proposons de la clore en accédant à la page suivante.